Guide de survie en club de sport (israélien)

Quand tu fais ton Alyah, tu traverses dans les premiers temps de véritables montagnes russes. Puis au fil des années, tu finis progressivement par reprendre une routine bien huilée. Et tes habitudes restent finalement globalement les mêmes que celles que tu aurais eues dans ton pays d’origine… A la sauce israélienne, évidemment.

Cette année encore, par exemple, l’approche de l’été t’encourage à reprendre le chemin de ton club de sport.  Après mille efforts d’organisation pour te libérer du temps (en soi déjà une grosse dépense d’énergie) tu réussis à débarquer un soir, très motivée, dans la salle hyper climatisée d’un cours de Pilates. Jusqu’ici, tout va bien.

La pièce est bondée, tu te fais une place dans le fond.

Chacun se tient prêt, debout sur son tapis, au garde-à-vous devant le prof. Et on commence. On plie les genoux, on s’étire, à gauche, à droite, on contracte le ventre, inspiration, expiration. Le cours s’enchaîne et les mouvements aussi.

Une pensée te traverse l’esprit,  tu visualises soudain le potentiel de dérive en zone grise de toute la situation. Mais tu chasses cette vision d’un mouvement de tête. Tes muscles travaillent, ils se fichent bien de la langue dans laquelle on leur parle. Tu n’es pas française ici, d’ailleurs tu ne comptes pas ouvrir la bouche de tout le cours. Tu es là incognito, comme une israélienne venue faire du sport, en laissant ses gosses à son mari un soir de semaine.

Et puis il n’y a pas de raison ! 12 ans en Israël cette année, tu as accouché trois fois en hébreu, tu parles couramment, en tout cas bien suffisamment pour suivre un cours de Pilates sans te faire remarquer. Bref, tout roule. Tu respires en rythme, tu commences même à transpirer. Le prof donne les directives et tu t’exécutes en vérifiant quand même par des petits coups d’yeux autour de toi que tu maîtrises vraiment bien tout le vocabulaire du corps. A gauche, à droite, au-dessus de la tête, en pont, en équilibre sur un pied. Tu relâches petit à petit ton esprit pour te concentrer sur l’effort de ton corps.

Israélienne anonyme. Bouche fermée.

Mais à un moment tout le monde s’allonge sur le tapis pour poursuivre l’entraînement. Et soudain, c’est le drame.

Tu es là, le nez écrasé par terre, le bras étendu au-dessus de l’oreille, dans une de ces positions improbables dont Josef Pilates a le secret. Autour de toi dans la salle trente personnes sont dans la même position. Mais … c’est bien vers toi, et vers toi seule, que la voix du prof se dirige : « hakarsollaim al haritspa!! ». Ton cœur s’accélère, tu comprends bien qu’il faut que tu colles sur le sol un de tes membres mais ce karsollaim là c’est bien la première fois que tu l’entends. Tu essayes de composer, te sentant rentrer à toute vitesse en zone noire. Tu jettes un regard sur tes voisines à gauche et à droite pour tenter de comprendre de quoi on parle mais impossible de copier sur elles cette fois, la position est vraiment trop complexe.

Le prof est maintenant à côté de toi. Tu fermes les yeux de désespoir. Tu veux juste être tranquille et silencieuse. Tu essayes de le chasser par la force de ton esprit, non, tu n’ouvriras pas la bouche.  Tu as le DROIT d’être une israélienne anonyme pendant ton cours de Pilates! Il te répète, cette fois tout proche : Hakarsollaïm al haritspa ! Tu essayes désespérément et complètement au hasard de bouger les omoplates et de rentrer le ventre, mais il te regarde avec les sourcils froncés et te crie maintenant  « Motek ma kore lakh ?? HAKARSOLAIM AL HARITSPA !!!! »

Tu lui souffles, vaincue : « ani lo yodaat ma ze karsollaïm » – (je ne sais pas ce que c’est, karsollaïm).

Silence. Il te descend les chevilles sur le sol avec l’air vraiment désolé pour toi. Et reprend l’entraînement comme si de rien n’était.

Voilà. Tu réendosse docilement ton costume de française et tu enregistres comme une bonne élève ce nouveau mot dans ton vocabulaire : « karsollaim = chevilles ».

Aujourd’hui c’était une petite défaite. Mais tu ne perds pas espoir… Un jour tu y arriveras !

En attendant, petit guide de survie en salle de sport :

  • (karssolaïm)קרסוליים = chevilles
  • (h’oulia) חוליה = vertèbre
  • (motniim) מותנים = hanches
  • (yérekhaïm)ירכיים = cuisses
  • (amot)אמות = avant-bras
  • (marpekim)מרפקים = coudes
  • (zrouot)זרועות = haut des bras
  • (ktafaïm)כתפיים = épaules
  • (hachr’amot)השכמות = omoplates
  • (golgolet)גולגולת = crâne
  • (nechima ve nechifa)נשימה ונשיפה = inspiration et expiration

 

Allez bon courage!

 

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2 réponses à Guide de survie en club de sport (israélien)

  1. Claude SAADA dit :

    J’ai connu le même moment de solitude quand,scratché par une vague monstrueuse à Tel-Aviv, après un diagnostic russo-hébraïco-anglais ‘ j’arrive à l’hôpital de Tel Aviv
    On m’envoie à la radio .Pendant l’attente,encore un peu sonné, je sors fumer une cigarette.ca n’a pas du tout plu à l’infirmer qui me cherchait en hurlant «  »CLAUDE!!! » »
    A la radio re hurlement «  »iedeïm hazac! » ? ? ? il rehurle « iédéïm hazac »
    Et j’ ai une vision!! La prière des mains … il veut que je colle mes mains au corps!
    Ce que je fais promptement mais du coup il croit que je parlais hébreu et que je me foutais de lui!! C’est mon plus grand et plus émouvant souvenir d’Israël Bisous
    Ton cousin Claude Saada

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