Le temps d’un concert

Tu vis en Israël depuis deux ans, dix ans, ou même plus de vingt ans.

Depuis tout ce temps ton identité s’est renouvelée, ta culture aussi, et tes priorités. La France de ton enfance est loin, très loin, presque une autre vie.

Et puis un soir, tu te retrouves à Tel-Aviv au concert de Jean Jacques Goldman.

Ah bon? Jean Jacques Goldman vient en Israël pour un concert?

Non, mais c’est un détail ça. Et, sans être une véritable fan, tu te dépêches de prendre tes billets. Comme des centaines d’autres francophones. Une bonne soirée de nostalgie ça ne se refuse pas.

Et te voilà devant le théâtre Haguesher de Yaffo, entourée de cette communauté  nombreuse et vivante, dont tu vis si loin au quotidien.

Tout le monde est là, ou presque. Certains visages te sont familiers, la plupart inconnus, le renouvellement est rapide de ce côté de la Méditerranée.

Le concert commence et les chansons de ton enfance s’enchaînent. Toi qui es si loin de ce monde dans ton quotidien, tu te retrouves à chanter en cœur avec toute la salle les titres de ta jeunesse. Ta voix se mêle à celles de tes voisins et vous reprenez avec émotion les refrains d’un autre temps. Du temps d’avant.

Tu te souviens soudain, dans un élan de fraternité, combien tu as en commun avec ce public, avec toutes ces personnes qui ont, eux aussi, fait le grand saut. On était là bas, on était français, et on est parti pour venir ici.

Est ce cela qui rend l’atmosphère si particulière dans cette salle de Yaffo? Dans ces voix qui s’unissent pour reprendre les chansons dont les paroles résonnent avec un écho particulier. Puisque tu pars…On ira…Las bas.

Nous, les français d’Israël. Les olim, nouveaux et plus anciens, qui prennent leurs distances avec leur pays d’origine, qui se débattent dans leur nouvelle vie à la poursuite d’un rêve de meilleur, qui travaillent le dimanche,qui réussissent, plus ou moins bien, qui galèrent un peu aussi, souvent. Qui ne se définissent jamais comme expatriés, mais comme repatriés, et pourtant…

Toi qui ressens que depuis l’Alyah tu as retrouvé tes racines, ce soir tu es à ton tour déracinée. Déracinée le temps d’une soirée. La France est loin, oui, mais ce qu’elle t’a donné vibre encore dans ton cœur. 

Et tu es reconnaissante de recevoir, en plein Tel-Aviv, cette petite dose de ta matrice, de ce qui fait que tu es toi, de cette culture qui est la tienne, AUSSI. En plus. En toile de fond. Comme une pièce qui vient compléter le puzzle de ton identité.

Merci à tous ceux qui rendent cela possible et bravo aux artistes qui font se déplacer les foules!

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