Journal de guerre, jour 519

Le 7 octobre est partout autour de moi. Un an et cinq mois plus tard.

Il surgit au cours d’une réunion de travail, quand mon interlocutrice me confie entre deux phrases qu’elle vient de là bas, du Otef Aza (les villages du Sud attaqués le 7 octobre). Et qu’elle y était. Elle me raconte tout, la longue journée dans la chambre protégée alors que les terroristes étaient dans la maison, sa fille et son gendre cachés dans les buissons, les amis enlevés, revenus ou assassinés. Je ressors de la réunion chamboulée.

Il surgit quand on prépare une représentation de théâtre pour une communauté du Nord, évacués depuis le début de la guerre, qui ne rentrent chez eux que maintenant. Ils nous racontent les défis de la communauté, relogée dans trois endroits différents, les difficultés du retour, les cassures, la solidarité, les héros du quotidien qui se révèlent.

Il surgit au cours d’une réunion parents prof, quand je débarque dans l’école et que je suis accueillie par une énorme affiche dans la cour “Bienvenue Tal, comme c’est bon que tu sois rentré à la maison”, destinée à un père d’élève otage libéré récemment. Je savais bien sûr, mais de le voir écrit ici, ça me fait monter les larmes aux yeux.

Il surgit lors des trajets en voiture, quand j’allume la radio pour entendre la mère d’un otage encore retenu là bas, enchaîné, blessé et affamé (d’après le témoignage de ses comapnons de l’enfer sortis il y a quelques semaines dans le même état que les survivants de la Shoah). Il vit à une dizaine de km de chez moi, la crème de la jeunesse de mon coin de Galilee, beau comme un ange et musicien talentueux. La rage et l’impuissance m’envahissent.

Le projecteur est tourné vers des anonymes d’avant le 7 octobre devenus des figures nationales, et qui se révèlent tous plus merveilleux les uns que les autres. Les vagues d’amour traversent le pays. Le peuple est résilient, fort, debout malgré tout.

Mais les blessures sont à vif.

Rien n’est terminé.

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