Sirènes dans la nuit.
Grosse surprise, ça faisait des mois que ce n’était pas arrivé. On se retrouve tous les cinq dans le mamad (la chambre blindee). Les enfants sont calmes. Nous, moins. Sans leur montrer. Il est sur son téléphone et me chuchote : “C’est avec l’Iran.” Merde. Plus rien des provisions de l’automne dernier. Pas d’eau. Pas de nourriture.
Je me dévoue pour sortir. Je fais la tournée.
Priorité : l’eau. Carafes, bouteilles des enfants, verres du shaker. Je remplis tout ce que je peux. Ensuite les téléphones, les chargeurs.
Puis la nourriture : un sac de cornflakes, des bananes, du pain. J’ouvre un grand sac, je jette tout dedans. Je fais des allers-retours en refermant bien la porte du mamad à chaque fois. On installe les matelas. On se rendort.
Au petit matin, les instructions s’allègent. Il faut “juste” rester à proximité des chambres blindées. Je suis obsédée par la nourriture qu’il va nous falloir. Je me mets aux fourneaux. On attend.
On redoute la sirène qui nous coincera pour de bon.
Finalement, une notification : fin de l’alerte.
Ah bon ? Ok. Alors on y va, vite. Je prends la voiture.
Au petit supermarché du yichouv voisin, l’énergie qui règne est typique des journées de tension. On échange des regards entendus en se souriant. On commente brièvement. Tout le monde est pressé, mais la patience et la bienveillance dominent.
Je remplis le coffre : packs d’eau, nourriture simple à cuisiner. Je reviens à la maison, et commence l’attente. Mon yichouv est en état d’urgence. Les comités dormants sont activés.
Je suis dans le comité de direction. Comme d’habitude, je suis impressionnée. Tout se met en place naturellement.
Mes voisins super-héros. L’efficacité. Hop hop, tout est pris en compte. Les habitants fragiles sont joints.
Des messages sont envoyés avec des conseils pour gérer au mieux l’angoisse. Ça va peut-être durer longtemps. Peut-être pas.
L’incertitude. Un mot.
Un mode de vie.