Journal de guerre, jour 617

C’est la notification des alertes sur les téléphones qui me marque le plus cette fois. On a 4 téléphones à la maison, ils se mettent à hurler et à clignoter à quelques secondes d’intervalle et on se met en mouvement. C’est paradoxal : l’Iran, c’était la menace la plus angoissante dans l’imaginaire collectif. Mais dans la réalité, le fait que ce soit si loin réduit un peu la panique. Contrairement aux alertes habituelles qui nous laissaient à peine quelques secondes avant les boums, celles-ci laissent le temps de respirer. C’est bien le seul avantage. La première notification nous dit de rester à proximité des chambres blindées, parce que dans un délai d’un quart d’heure environ il y aura PEUT ETRE une alerte, la deuxième notification bloque les téléphones qui s’affolent tous ensemble, sons stridents, lumières en rafale et un texte: “Dans quelque minutes, il y aura une alerte”, et la troisième ils se mettent à clignoter furieusement et à émettre des signaux stridents, et un texte qui dit en gros “yalllaaa c’est maintenant!! Tous aux abris!” Et ça se double de la sirène hurlante dehors. Tout ca multiplié par 4 ca fait monter l’adrénaline. Pendant les sirènes, alors qu’on est tous assis dans le mamad sur nos matelas, une fois que la porte blindée est bien fermée, je regarde mon homme qui respire “en faisant semblant d’éteindre une bougie”, c’est bizarre, les rôles se sont inversés pendant cette guerre là, c’est lui qui stresse et moi qui fait rire les enfants en attendant que ça passe. Ca devrait m’inquiéter parce que de nous deux c’est bien lui le plus lucide. Je fais tellement semblant de ne pas avoir peur que je me prends au jeu, je ne ressens presque rien. Je sais bien que tout ce stress ne va pas nulle part et qu’il faudra bien l’évacuer à un moment, mais on verra ça plus tard. En attendant, les photos de mon téléphone de ces trois derniers jours (trois jours seulement???) sont un mélange des chorégraphies de ma fille et de ses copines, d’apéros improvisés sur la terrasse, de jeux de poker au soleil, et de concours de grimaces dans la chambre blindée. 

Ce contenu a été publié dans Guerre. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *