Journal de guerre, jour 615

Sirènes dans la nuit.

Grosse surprise, ça faisait des mois que ce n’était pas arrivé. On se retrouve tous les cinq dans le mamad (la chambre blindee). Les enfants sont calmes. Nous, moins. Sans leur montrer. Il est sur son téléphone et me chuchote : “C’est avec l’Iran.” Merde. Plus rien des provisions de l’automne dernier. Pas d’eau. Pas de nourriture.

Je me dévoue pour sortir. Je fais la tournée.

Priorité : l’eau. Carafes, bouteilles des enfants, verres du shaker. Je remplis tout ce que je peux. Ensuite les téléphones, les chargeurs.

Puis la nourriture : un sac de cornflakes, des bananes, du pain. J’ouvre un grand sac, je jette tout dedans. Je fais des allers-retours en refermant bien la porte du mamad à chaque fois. On installe les matelas. On se rendort.

Au petit matin, les instructions s’allègent. Il faut “juste” rester à proximité des chambres blindées. Je suis obsédée par la nourriture qu’il va nous falloir. Je me mets aux fourneaux. On attend.

On redoute la sirène qui nous coincera pour de bon.

Finalement, une notification : fin de l’alerte.

Ah bon ? Ok. Alors on y va, vite. Je prends la voiture.

Au petit supermarché du yichouv voisin, l’énergie qui règne est typique des journées de tension. On échange des regards entendus en se souriant. On commente brièvement. Tout le monde est pressé, mais la patience et la bienveillance dominent.

Je remplis le coffre : packs d’eau, nourriture simple à cuisiner. Je reviens à la maison, et commence l’attente. Mon yichouv est en état d’urgence. Les comités dormants sont activés.

Je suis dans le comité de direction. Comme d’habitude, je suis impressionnée. Tout se met en place naturellement.

Mes voisins super-héros. L’efficacité. Hop hop, tout est pris en compte. Les habitants fragiles sont joints.

Des messages sont envoyés avec des conseils pour gérer au mieux l’angoisse. Ça va peut-être durer longtemps. Peut-être pas.

L’incertitude. Un mot.

Un mode de vie.

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Journal de guerre, jour 529

Je ne veux pas que la guerre reprenne. Je veux que les otages rentrent maintenant.

Je veux que les otages rentrent et retrouvent leurs familles.

Je veux que les otages rentrent et retrouvent leurs familles.

Je veux qu’Alon retrouve sa mère.

Et qu’Avinatan retrouve Noa.

Et tous les autres. Tous.

Je ne sais plus quoi faire de ce désespoir, alors je prie.

J’ai trouvé le psaume 126 il y a quelques mois, dans le petit livre de Tehilim qui me suit partout.

J’ai du le relire plusieurs fois, tant il semblait écrit pour nous, pour eux.

“ _Quand l’Éternel ramena les captifs de Sion, nous étions comme des gens qui rêvent_.

_Alors notre bouche s’emplit de chants joyeux et notre langue d’accents d’allégresse; Alors on s’écria parmi les nations: L’Éternel a fait de grandes choses pour ces gens_!

_Oui, l’Éternel a fait pour nous de grandes choses; profonde est notre joie._

_Ramène nos captifs, Ô Eternel, comme tu ramènes des ruisseaux dans le désert du midi!_

_Ceux qui  avec ont semé dans les larmes, puissent ils récolter dans la joie. C’est en pleurant que s’en va celui qui porte la semence, mais il revient dans la joie, pliant sous le poids de ses gerbes_ .”

Je prie exactement pour ça, dans ces mots-là. Je prie pour que ces familles qui ont semé tant de larmes moissonnent la plus grande des joies. Mais il faut que ce soit maintenant. *Bring them home now*.

Amen.

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Journal de guerre, jour 527

J’ai choisi le silence.

Ou plutôt, il s’est imposé, et je n’ai pas lutté, je n’ai pas interrogé mon rôle, je n’ai pas considéré que me taire serait une défaillance, j’ai juste fait taire ma voix. 

J’ai choisi le confort. 

J’ai décidé que les mots étaient vains. 

Que la vérité trouverait son chemin sans moi. 

J’ai tout interrompu. Je me suis protégée.

La guerre revient dans mes rêves. Très précise. Les flocons dans le ciel. Les courses dans les abris. Je n’ai pas encore digéré ces derniers mois. A force de résilience, quelque chose s’est coincé dans les rouages, la peur n’a pas été évacuée, elle est encore là, diffuse. 

Le fil est si fin.

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