Journal de guerre, jour 375

C’est un projet né avant le 7 octobre dans un kibboutz du Otef Aza, dans le sud d’Israël. L’idée était de rassembler des jouets n’ayant plus d’usage et de leur donner une seconde vie en les collant sur des grandes ailes en bois, pour redonner le sourire aux gens et leur insuffler une dose d’optimisme. Ça s’appelait “les ailes de poupées”.  L’initiatrice du projet a été assassinée le 7 octobre 2023 avec son mari et leurs trois enfants. Pour lui rendre hommage, ce projet s’est développé dans tout le pays depuis. Il s’appelle maintenant “les ailes de l’espoir”. Il est arrivé jusque dans mon yichouv par le biais d’une habitante de la même famille. Elle collecte depuis plusieurs mois les vieux jouets parmi nous, et ces trois derniers jours, on s’est appliqués avec les enfants du yichouv à les coller. Le 25 octobre, on fixera l’oeuvre sur le mur du miklat du yichouv (l’espace blindé où on se réfugie quand une alerte nous surprend alors qu’on est dehors). La date a été choisie parce que c’est la date hébraïque de la commémoration du 7.10.23, et aussi parce que c’est la date d’anniversaire de l’initiatrice de ce projet assassinée.

Ces ailes de l’espoir, colorées, se multiplient dans les municipalités israéliennes. 

C’est beau. 

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Journal de guerre, jour 373

Boum boum boum. Réveil. Café.

Préparation de la maison et des enfants pour la journée

Boum boum boum.

Bye mes amours. Vous faites bien attention, hein? Et pas de stress inutile! 

Travail, réunion, notes, c’est super intéressant! 

Déjeuner.

Sirènes, on court, boum boum.

Travail.

Retour à la maison.

Tu l’emmènes au foot? J’irai le chercher.

Boum boum.

Tu te rends compte qu’ils préparaient un 7 octobre puissance cinquante dans le nord? 

Oui. 

Départ pour le foot. Boum.

Il a marqué son premier but! Bravo mon coeur! Tu vois que ça valait le coup d’y aller?

Pâtes à la crème fraîche et au fromage, des post-it prénom sur chaque assiette, bon appétit les cocos, je dois sortir.

Réunion. Boum Boum. Mmmm ceux-là sont différents. 

Retour dans une maison endormie. Je m’assois pour écrire mais rien d’autre ne veut sortir.

Pas sûre que je conseillerais à quelqu’un ce livre, il est très répétitif.

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Journal de guerre, jour 369

J’ai laissé mon tapis de pilates dans la voiture. Il y a deux semaines, les sirènes se sont déclenchées alors que j’étais en voiture. Les consignes sont claires et sauvent les vies, comme on nous le répète en boucle à la place des pubs à la radio: Si ça sonne pendant un trajet, il faut arrêter la voiture sur le bas côté, en sortir, s’en éloigner et s’allonger par terre avec les mains sur la tête. Sauf que quand c’est arrivé, s’éloigner de la voiture ça voulait dire descendre dans les talus et s’allonger dans les ronces et la terre et les insectes, et j’ai préféré l’asphalte, juste à côté des roues. Du coup je me dis que si j’ai mon tapis avec moi, ça sera plus facile de respecter les consignes. C’est mon délire à moi. 

Aujourd’hui pendant que les missiles étaient lancés vers Tsfat, je n’avais que les sons étouffés du ciel qui explose et les petits flocons au loin d’un côté, et de l’autre côté le son d’un violon d’un élève du conservatoire qui s’entraînait. Je suis restée debout, seule, au milieu du campus, à écouter et à regarder. 

Au moment où j’écrivais ces lignes, un énorme boum, très très proche celui-là, et sans sirène préalable, a fait trembler les vitres de la maison. Ce sont maintenant mes mains qui tremblent. Je voulais écrire sur autre chose, ce soir, sur l’égo des autres et sur le mien. Ce sera pour une autre fois. 

Je voudrais que ça se termine. Je voudrais que les enfants retrouvent leur vie, et moi la mienne. Qu’on puisse juste vivre ici, dans ce pays, en sécurité, en paix, et que les otages rentrent chez eux. Je voudrais une année normale. Une bonne et douce année, comme on se le souhaite machinalement. Oh oui, une bonne et douce année.

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